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Interview

Marie-Eve Joël, Présidente du Conseil scientifique de la CNSA

 

Professeur en sciences économiques à l’Université Paris Dauphine, Madame Joël y dirige le département master sciences des organisations ainsi que le laboratoire d’économie et de gestion des organisations de santé (LEGOS).

Thèmes de recherche de Marie-Eve Joël

• La protection sociale des personnes âgées en Europe et le risque dépendance.
• Économie des pathologies chroniques et politiques de santé publique.
• Économie des soins de longue durée en Europe.
• Économie de la maladie d’Alzheimer.

Ses publications récentes

Ouvrages
• Économie du vieillissement (avec J. Wittwer), 2 tomes, actes des XXVes Journées de l’Association d’économie sociale à Paris les 8 et 9 septembre 2005, Paris, L’Harmattan, 2005.
• Prise en charge de la maladie d’Alzheimer en Europe (avec E. Cozette), Paris, Éditions de l’Inserm, 2002.

Articles et contributions
• « Partnership working and finance », Partnership Working in Health and Social Care, J. Glasby and H. Dickinson, Blackwell Publishing, 2009.
• « Approches économiques, maladie d’Alzheimer : enjeux scientifiques, médicaux, sociétaux », Expertise collective Éditions de l’Inserm 2008.
• « L’État providence en France depuis la fin des années 90 » (avec S. Dufour-Kippelen), Revue belge de sécurité sociale, 2006.
• « Solidarités familiales en Europe », Le vieillissement en Europe, La Documentation française, Paris, 2006.
• « Inegalities and Quality of life among Older Persons in Paris » (avec Robert Hass), in Growing Older in World Cities, de Victor G. Rodwin et Michael K. Gusmano, New York, London, Paris, and Tokyo, Vanderbilt University Press, février 2006.

 

En tant qu’économiste, vous vous êtes consacrée au vieillissement des populations bien avant que cela ne préoccupe notre société. À quand peut-on dater la prise de conscience d’une problématique ?

Il y a deux moments forts. Les premiers rapports officiels sur le sujet paraissent dans les années 1980. Les chercheurs commencent à se préoccuper de la question et sont surpris de leurs découvertes. Ils s’aperçoivent que les retraités sont « bien pensionnés ». Ils constatent, grâce au recensement de 1982, que l’espérance de vie et que la population française sont plus importantes qu’ils ne le croyaient. Néanmoins, les personnes âgées sont moins nombreuses entre les années 1994 et 1998 en raison de la baisse de la natalité pendant la première guerre mondiale. Il n’y a donc pas, à cette époque, de pression sur l’opinion publique au sujet de la perte d’autonomie. Puis dans les années 2000, la dépendance devient plus visible, les premiers baby-boomers apparaissent. La pression politique sur le sujet des retraites et de la perte d’autonomie se fait alors sentir.

Le Conseil scientifique soutient fortement l’action de la CNSA dans sa collecte et son traitement des données sur la perte d’autonomie : pourquoi les chiffres manquent-ils à ce point ?

Tout d’abord, une considération générale : il y a un véritable déni du vieillissement et du handicap de la part de notre société, qui se veut jeune. Par ailleurs, les sciences humaines et sociales n’ont pas investi lourdement sur le sujet pendant de nombreuses années, à travers la mise en place de cohortes ou d’enquêtes de grande envergure contrairement aux États-Unis, par exemple. Les chercheurs sont peu nombreux sur la question des incapacités et les équipes pluridisciplinaires susceptibles de porter la construction des données nécessaires sont en voie de constitution.

Votre Conseil vient de décider qu’après les premières rencontres scientifiques (février 2009) dédiées à l’évaluation des besoins des personnes en perte d’autonomie, les prochaines s’intéresseront aux différents parcours des personnes en perte d’autonomie et à l’accompagnement qu’ils nécessitent. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?

Ce thème s’est imposé logiquement. Évaluation et connaissance des parcours des personnes en perte d’autonomie ne peuvent pas être dissociées. Il est nécessaire de connaître les parcours des personnes pour évaluer correctement les modes de prise en charge. Les parcours sont plus ou moins appropriés aux besoins des personnes souffrant d’incapacités. Par exemple, les hôpitaux sont maintenant sensibles au fait que le séjour des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer doit être le plus bref possible faute de voir leur état se dégrader. Les parcours sont mal connus et peuvent être source d’inégalités. Ces deuxièmes rencontres scientifiques seront l’occasion de faire un état des lieux des savoirs en la matière et d’aller au-delà de la connaissance intuitive que nous en avons.